Economie


L'économie et l'écologie ne sont pas antinomiques.

Pour s'en convaincre, il suffit d'observer ce que certaines entreprises ont réalisé pour diminuer leur pollution. Prenons le cas de la cimenterie Holcim (www.holcim.ch). Pour fabriquer du ciment, il faut chauffer les fours 24 heures sur 24 à 2'000°C. Cette entreprise a très longtemps utilisé des résidus de distillation du pétrole, c'est-à-dire des huiles lourdes. Ce carburant étant extrêmement polluant, Holcim, depuis les années 90, a substitué plus de 60% de ce carburant par des farines animales, des solvants et huiles usagées, des vieux pneus, etc. Le bilan de cette opération se solde par une économie financière de 200 francs par tonne de carburant, mais également par une très forte diminution des émissions de CO2. En fait, les cimentiers suisses remplissent, grâce à ces changements, le tiers des engagements de la Suisse pour le protocole de Kyoto. Cette entreprise aurait pu s'arrêter là, mais elle a préféré continuer à traquer quelques économies financières et écologiques. Ainsi, par exemple, tous ses chauffeurs de poids lourds doivent suivre une formation éco-drive (www.eco-drive.ch). Celle-ci permet de consommer moins de carburant tout en roulant à la même vitesse. Sur les dizaines de camions qu'emploie cette entreprise, la facture finale de mazout peu diminuer jusqu'à 10%, ce qui est loin d'être négligeable.
Des économies peuvent être réalisées dans d'autres domaines, tels que l'hôtellerie par exemple. Les dirigeants de la chaîne d'hôtels Scandic ont observé que leurs clients n'utilisaient pendant leur séjour que 3 grammes sur les 20 que pèse le petit savon posé au bord de chaque lavabo dans les chambres. Ils ont alors décidé de passer au système "pousse-mousse", économisant ainsi plus de 50 tonnes de savon. C'est donc une économie à la fois financière et écologique, puisqu'il n'y a plus besoin de fabriquer et de détruire ce savon inutile.
On croit souvent à tort que des traités comme celui de Kyoto sur les réductions des émissions de gaz à effet de serre sont néfastes pour l'économie. Et bien, le plus grand conglomérat industriel et financier de la planète, le géant américain General Electric, déclarait en 2005 : "La planète a un urgent besoin de technologies propres. Nous devons entrer dans ce marché en forte croissance et y faire de l'argent." Mais ce n'est pas la seule entreprise à faire cette démarche : douze patrons anglais, parmi lesquels ceux de British Petroleum, de la banque HSBC ou du producteur d'énergie Scottish Power, estiment, études économiques à l'appui, que le Royaume-Uni peut diminuer ses émissions de gaz à effet de serre de 60% d'ici à 2050 "sans nuire à la croissance, ni à la compétitivité, si les compagnies se convertissent à la fois aux économies d'énergies et aux énergies renouvelables".
Les réassureurs sont également très inquiets sur l'avenir climatique de notre planète et ils ont déjà calculé que si on ne fait rien, "dans dix ans, le coût annuel des catastrophes se montera à 150 milliards de dollars et tout le bénéfice de l'économie devra être réinjecté pour réparer les dégâts".
Le problème de l'eau va devenir très problématique dans certaines régions, mais ce n'est pas inéluctable. Prenons le cas de Lorient. En 1976, au cours de la terrible sécheresse, tout le monde pompait l'eau du Scorff. Certains prétendaient que la consommation d'eau allait augmenter de 7 à 8% par an et qu'il était indispensable de programmer rapidement la construction d'un barrage de 20 millions de m3 dans la vallée du Scorff. Heureusement, les autorités de l'époque disposaient d'un peu de bon sens et ont décidé en premier lieu de réaliser des économies d'eau, à commencer par les bâtiments publics. Le résultat est qu'aujourd'hui, la consommation d'eau des bâtiments de Lorient a passé de 333'000 m3 en 1978 à 92'000 m3 en 2004, alors que dans le même temps le patrimoine de la ville a augmenté de 50%!
Un domaine encore trop peu exploré touche l'écologie industrielle. Prenons le cas le plus connu, celui de Kalundborg, au Danemark (www.symbiosis.dk). A Kalundborg, un complexe industriel comprend notamment une usine électrique fonctionnant au charbon. Une fois la vapeur turbinée, elle a certes moins de pression, mais elle est encore chaude. Un système a donc été conçu pour permettre d'envoyer cette chaleur dans une raffinerie voisine de l'usine à charbon, permettant ainsi de couvrir les 30% des besoins de la raffinerie. D'autre part, l'usine à charbon utilise aussi de l'eau de refroidissement, qui ressort 7°C plus chaude qu'à son arrivée. Or, cette eau est envoyée dans une pisciculture proche pour économiser les frais de chauffage de son eau. Mais ce n'est pas tout : cette usine à charbon dégage des fumées très toxiques. Ces fumées, en particulier le dioxyde de soufre, doivent être éliminées. La réaction chimique implique la formation de gypse, qui n'est rien d'autre que du plâtre. Juste à côté de l'usine à charbon se trouve une gypserie, qui, pendant des années, a fait venir son gypse par bateau depuis des carrières d'Espagne. Mais aujourd'hui, cette gypserie s'approvisionne à 100% avec "les fumées" de sa voisine. Ce ne sont que quelques exemples des symbioses qui règnent entre les entreprises de Kalundborg. Pour tous ces échanges, il a fallu investir 3 millions, mais chaque année permet de gagner 1 million. Voilà un investissement vite rentabilisé !
Chacun à son niveau peut agir. D'ailleurs, si vous avez des exemples concrets, n'hésitez pas à nous les communiquer, nous les publierons dans cette rubrique.