2 - Le Biodiesel
L'ester méthylique d'huile végétale, ou biodiesel, est produit à partir d'huiles végétales – en particulier d'huile de colza –, selon un processus chimique. Certaines entreprises suisses transforment également les huiles de friture usées en biodiesel. Ce carburant extrait du colza produit moins d'émissions que le diesel ordinaire et, surtout, nettement moins de particules fines et pas de soufre. L'aptitude du biodiesel à réduire les émissions de gaz à effet de serre dépend essentiellement des cultures et, pour une bonne part, des quantités d'engrais utilisées.

Dans les véhicules d'un certain âge, en particulier, le diesel produit à partir de colza est susceptible d'attaquer les tuyaux et pièces en caoutchouc, ce qui implique leur remplacement pas des éléments adaptés. Le diesel produit à partir d'huile de colza (EMC) étant un carburant renouvelable, il n'est pas soumis à la taxe sur les huiles minérales. On commence à le trouver en Suisse, surtout en Suisse allemande.

Très courant en Allemagne, le biodiesel à base d'huile de colza est aussi fabriqué en Suisse, grâce à une coopérative paysanne vaudoise baptisée Eco Energie Etoy. Sa production a débuté en 1996. Actuellement, plus de 1'000 agriculteurs réalisent des revenus attractifs grâce à ce débouché.

Ce carburant entre dans la catégorie des énergies renouvelables puisque le CO2 dégagé provient d'une origine végétale; et le résultat de la combustion de l'huile retourne ensuite alimenter la photosynthèse du colza dont elle provient. Eco Energie Etoy produit 2,2 millions de litres de biodiesel par année et alimente huit pompes dans la région bernoise, par l'intermédiaire du distributeur Flamol.
A Genève, le Cercle des agriculteurs a mis en place une pompe et fournit quelques entreprises, comme Serbeco. La production est toutefois trop faible pour intéresser les grands groupes pétroliers, comme c'est le cas en France ou en Allemagne.

Pour produire du biodiesel, il faut presser le colza comme pour fabriquer de l'huile. Puis, pour rendre cette huile plus fluide, on ajoute du méthanol et de l'hydroxyde de potassium. Ce procédé, appelé "estérification", libère de la glycérine, exploitée pour la confection de cosmétiques. Quant au tourteau, résidu de la pression, il est utilisé pour nourrir le bétail. Le carburant ainsi fabriqué peut être mélangé à du diesel ou utilisé pur. Le même procédé d'estérification peut être appliqué pour transformer d'autres huiles végétales en carburant. C'est le cas de l'entreprise genevoise Biocarb, qui produit un million de litres de carburant par année à partir d'huiles usagées, récupérées notamment dans les restaurants. Pour l'instant, cette production est vendue essentiellement à des transporteurs de la région et à Flamol.
Migros s'y met aussi et vend dans certaines stations Migrol un carburant nommé «Greenlife plus», qui contient 5% de biodiesel. Mais Migros doit importer son huile de colza d'Allemagne, car la production suisse ne permet pas de répondre à sa demande. Précisons que la Confédération limite la production de biodiesel à 5 millions de litres par année, notamment car ce carburant n'est pas taxé.

La grande force du biodiesel réside dans le fait qu'il ne nécessite aucune adaptation technique des moteurs. Par ailleurs, on peut sans problème alterner la consommation de biodiesel et de carburant dans un véhicule diesel standard. Mais certains constructeurs automobiles rechignent alors à maintenir leur garantie d'usine, arguant que le biodiesel attaque davantage les matériaux. Audi, VW, Mercedes et BMW l'acceptent toutefois pour certains de leurs modèles, notamment parce que ce carburant est très populaire en Allemagne, où l'on trouve déjà 1'600 pompes de biodiesel. Comme l'Etat ne prélève pas de taxe sur ce carburant écologique, son prix peut s'aligner sur celui du diesel, soit environ 1,30 franc le litre.