Etiquette CO2

Ecologie libérale, par l'intermédiaire de son vice-président Pierre Kohler, a déposé le 23 mars 2007 une initiative parlementaire qui demandait l'introduction d'une étiquette CO2 pour tous les aliments non transformés.
(Texte de l'initiative: http://www.parlament.ch/F/Suche/Pages/geschaefte.aspx?gesch_id=20070431).

Malheureusement, en date du 8 janvier, la Commission de l'environnement et de l'aménagement du territoire (CEATE) a décidé de ne pas entrer en matière par 13 voix contre 7 et 3 abstentions. La commission est certes favorable à davantage de transparence pour le consommateur dans le domaine des denrées alimentaires; toutefois, en raison de difficultés liées à la détermination des émissions et de problèmes d'exécution inévitables, elle a décidé de ne pas soutenir la demande, considérant qu'il valait mieux privilégier des initiatives relevant de la responsabilité du secteur privé.

Encore une fois, nous avions une bonne idée mais nous serons dépassés. En Grande-Bretagne, après les étiquettes énergie appliquées à l'automobile, à l'électroménager ou encore aux bâtiments, la grande distribution se lance dans une « étiquette carbone » pour les produits alimentaires. Tesco s'est en effet engagé à donner les émissions de CO2 pour chacun des 70 000 produits qu'il commercialise, avec l'appui du ministère de l'environnement et de Carbon Trust, une agence spécialisée qui a mis au point la méthode de calcul des émissions de carbone utilisée en Grande-Bretagne.

Un paquet de chips de 35 grammes = 75 grammes de CO2 . Cette information est d'ores et déjà disponible sur les paquets de « Croustilles » vendus par Tesco, le N° 1 de la grande distribution britannique. Le groupe, qui émet 2 millions de tonnes de CO2 par an, s'est engagé à mettre cette étiquette carbone sur chacun des 70'000 produits qu'il vend « afin que le consommateur puisse comparer les émissions de carbone de la même manière qu'il compare les calories ou le sel contenus dans ce qu'il achète ». Cette initiative, inédite dans le secteur des produits alimentaires, repose sur une méthode de calcul qui prend en compte les émissions de gaz à effet de serre sur l'ensemble du cycle de vie d'un produit. Elle a été mise au point par Carbon Trust et constitue la première étape dans la création d'un standard officiel. "La meilleure manière permettant actuellement aux consommateurs de saisir l'impact qu'ont les produits qu'ils achètent sur l'environnement est de calculer la distance parcourue, mais également de prendre en compte des facteurs aussi importants que sont les matériaux de base utilisés, le procédé de fabrication et la fin de vie des produits", a précisé Carbon Trust dans une interview au Guardian. La méthode mise au point pourra être utilisée par les entreprises qui veulent s'inscrire dans la même démarche que Tesco. Les entreprises Walkers (agro-alimentaire) et Boots (pharmacie et cosmétiques) se sont déjà portées volontaires pour appliquer cette méthodologie à leurs produits. De plus en plus, « le monde des affaires cherche les moyens de réduire son impact sur l'environnement », affirme de son côté Ian Pearson, le ministre britannique de l'environnement. « Pour les aider, nous avons besoin d'un système de mesure fiable, reconnu et compris par tous. C'est un travail majeur dans notre combat pour faire évoluer le pays vers une économie faiblement émettrice en carbone ». A terme, la méthode mise au point par Carbon Trust devrait permettre aux consommateurs de savoir quels sont les produits qui génèrent le plus de CO2 et d'en tenir compte pour orienter leurs choix. Côté entreprises, Carbon Trust vise la création d'un label vert, outil qui favoriserait à terme la « performance carbone » de ces produits. Sachant que 400 kg de CO2 par an et par habitant proviennent de la consommation de produits alimentaires, l'enjeu est de taille sur ce seul secteur.

C'est d'ailleurs le cheval de bataille de l'association canadienne «100 Mile Diet », qui qualifie de «régime 4x4 » l'alimentation nord-américaine. Elle a calculé que les aliments parcourent en moyenne 2'500 kilomètres avant d'arriver chez les consommateurs et a mis au point le « régime 160 km », qui permet de ne consommer que des aliments et les boissons ayant voyagé au plus 160 km pour parvenir à Vancouver. Le site web (100MileDiet.org) permet à ceux qui souhaitent adopter ce «régime» de trouver les ressources nécessaires. Josh Martin, militant écologiste canadien, s'est lui aussi livré à un calcul plutôt probant : "Mon chariot s'est rendu dans huit différents pays avant même que je passe à la caisse" explique-t-il en détaillant les kilomètres parcourus. « Bananes du Costa Rica : 3'765 km ; oranges de la Floride : 1'987 km ; fromage brie de France : 6'015 km ; vin de l'Afrique du Sud : 13'085 km ; thé de l'Inde : 12'514 km ; ananas de la Jamaïque : 2'857 km ; sucre de l'Australie : 15'562 km ; café de Colombie : 4'356 km ». Nul doute que des étiquettes carbone sur ces produits afficheraient des scores considérables...

En attendant une hypothétique « relocalisation » des activités agro-alimentaires, ou encore l'instauration d'une taxe carbone pour les produits importés de pays non engagés dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l'étiquette CO2 fournit un moyen supplémentaire au consommateur pour connaître son « empreinte carbone » sur la planète et pour exercer ses choix en toute connaissance de cause.

L'initiative sera de toute façon présentée au plénum du Conseil national. Nous espérons que le projet d'étiquette CO2 pour les aliments ne sera pas définitivement enterré.

Source : www.novethic.fr

© Ecologie libérale Janvier 2008